Le Beau Bizarre par Zineb Soulaimani

Le Beau Bizarre par Zineb Soulaimani@Le_Beau_Bizarre

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Le Beau Bizarre #85 avec Feda Wardak

Le Beau Bizarre #85 avec Feda Wardak

Que sait le ciel lorsqu’il regarde de trop haut ? Feda Wardak construit une recherche qui emprunte les formes de l’enquête, de l’architecture et de l’archive. Une archive ni froide, ni classée, ni pacifiée, mais traversée par l’eau, les corps, les voix, les outils, les récits et les ruines. Depuis plusieurs années, l’artiste, architecte et chercheur franco-afghan travaille depuis un territoire précis : Jeghatu, en Afghanistan. Là où le ciel a surveillé, ciblé, bombardé. Là où les sols portent encore les stigmates de la guerre. Là où les sous-sols abritent les karez, ces réseaux hydrauliques millénaires que des chercheurs d’eau continuent de réparer, parfois au péril de leur vie. Avec Chercheurs d’eau, Feda Wardak construit les conditions d’une autre transmission : celle des savoirs, des gestes, des mémoires paysannes et des récits afghans longtemps maintenus hors champ par les regards impériaux. Contre le point de vue du drone, il oppose la lenteur d’une enquête menée à hauteur de celles et ceux qui habitent le territoire. Contre l’histoire racontée depuis le ciel, il fait remonter ce qui travaille sous la terre. Chercheurs d’eau n’est pas une œuvre unique. C’est un répertoire en perpétuelle expansion où films, installations, sculptures, éditions, performances, créations sonores et enquêtes de terrain deviennent les chapitres d’une même recherche. Présenté cette année au Festival de Marseille, Ce que le ciel ne sait pas, créé avec le chorégraphe Saïdo Lehlouh, en constitue le développement le plus récent. Il ne vient rien conclure. Il ouvre au contraire un nouveau seuil dans cette recherche au long cours. Dans cette conversation, nous avons parlé de guerre à distance, d’extractivisme, d’autodétermination, de transmission, de réparation, d’archive et de contre-archive, mais aussi de cette question qui traverse toute son œuvre : comment faire archive sans immobiliser le vivant ? Un épisode comme un karez : une galerie souterraine où les savoirs et les ressources circulent à l’abri des regards, par strates, par bifurcations, jusqu’à refaire surface. Avec les apports de Eyal Weizman, de Chowra Makaremi, de Walid Raad et la précieuse participation de Saïdo Lehlouh. Vous pourrez retrouver le travail de Feda Wardak dans les prochains mois à travers plusieurs rendez-vous : Dès septembre, il participera à l’exposition Metaxy: Between Destruction and Reconstruction à l’Akademie der Künste de Berlin, avant de présenter une nouvelle installation à Munich. Le 22 octobre, plusieurs de ses films seront projetés à la Fondation Cartier, dans le cadre de l’exposition consacrée à Ibrahim Mahama. Du 17 au 19 décembre, Ce que le ciel ne sait pas sera présenté à la Grande Halle de La Villette dans le cadre du Festival d’Automne. Enfin, en mai 2027, le festival Nouveaux Printemps à Toulouse accueillera plusieurs œuvres issues du répertoire Chercheurs d’eau, cette vaste recherche au long cours qui continue de se déployer d’un projet à l’autre.

Le Beau Bizarre #84 avec Pauline Curnier Jardin

Le Beau Bizarre #84 avec Pauline Curnier Jardin

Pauline Curnier Jardin construit des mondes qui débordent. Des mondes de vierges, de grottes, de processions, de carnavals, de peaux et de métamorphoses. Des mondes où les corps refusent les rôles qu’on leur assigne et inventent d’autres récits. À l’occasion de son exposition Virages Vierges présentée au Palais de Tokyo, nous avons traversé avec elle les marges, les rituels, les mythologies populaires, les figures de saintes, de travailleuses du sexe, de mères, de monstres et d’insoumises qui peuplent son œuvre depuis plus de vingt ans. Comment fabriquer des images qui ne domestiquent pas le vivant ? Comment faire du cinéma, de la sculpture ou de la performance des espaces de transformation plutôt que de représentation ? Et que peut encore une œuvre lorsqu’elle accepte l’ambivalence, le trouble et l’excès ? Une conversation sur les corps vulnérables et puissants, sur la beauté qui surgit de l’indiscipline, et sur ces zones de liberté où l’art cesse d’expliquer le monde pour le réenchanter. Avec la précieuse participation de Lorraine de Sagazan. l’exposition Virages, Vierges est visible au Palais de Tokyo jusqu’au 14 septembre 2026. Site de Pauline Curnier Jardin : https://paulinecurnierjardin.com/

Le Beau Bizarre #83 avec Floriane Facchini

Le Beau Bizarre #83 avec Floriane Facchini

Et si la résistance avait parfois la forme d’un plat de pâtes ? Pour ce nouvel épisode du Beau Bizarre, j’ai retrouvé Floriane Facchini à Cavaillon, au cœur du Festival Confit, autour de sa création La Pastasciutta antifascista de Casa Cervi. Nous avons parlé de pâtes fraîches façonnées à la main, de récits populaires, de savoir-faire invisibilisés, de corps fascistes et de corps qui résistent, de paysages que l’on mange, de territoires que l’on absorbe, de cuisine comme pratique politique et de joie comme force collective. Car il est question ici d’un geste simple et immense : en juillet 1943, au lendemain de la chute de Mussolini, la famille Cervi cuisine des pâtes pour tout un village. En temps de guerre, de pénurie et de fascisme, offrir un repas devient une manière de célébrer la liberté retrouvée et un acte de dissidence joyeuse ! Dans cette conversation, il est aussi question de sfogline, de démocratie alimentaire, d’hospitalité, d’anthropologie culinaire, de tables qui ne tiennent debout qu’à condition que chacun accepte de les porter ensemble. Autour de Floriane Facchini, la précieuse participation de Clarisse Le Bas et de Chloé Tournier, ainsi que les voix de Nadia Sammut et Corine Pelluchon pour prolonger le dialogue. Une conversation sur les nourritures visibles et invisibles, sur ce qui nous relie, sur ce qui nous constitue, et sur la possibilité, peut-être, de faire encore monde commun autour d’une table. La Pastasciutta antifascista de Casa Cervi de Floriane Facchini a été créée à Cavaillon le 19 mai dernier. Le projet part en tournée à Marseille avec le Zef du 29 au 31 mai, à Calais avec le Channel du 4 au 7 juin, et du 11 au 13 juin à l’Agora, scène nationale de l’Essonne. Et pour une lecture tendre au creux de la sieste digestive, sachez que Clarisse Le Bas a publié chez Actes Sud Le Temps du végétal et que vous pouvez la suivre lors de ses multiples balades-cueillettes… c’est la saison ! Lien vers l’article du Quotidien de l’art (PDF fourni sur demande) : https://www.lequotidiendelart.com/articles/25941-l-art-%C3%A0-table-espace-des-possibles.html Pour suivre les projets de Floriane : https://www.florianefacchini.com/

Le Beau Bizarre #82 avec Katerina Andreou et Mélissa Guex

Le Beau Bizarre #82 avec Katerina Andreou et Mélissa Guex

Il y a des rencontres qui arrivent comme une suite logique, presque en retard sur elles-mêmes, mais dans la patience de l’évidence. Katerina Andreou et Mélissa Guex travaillent depuis des années à déplacer le centre de gravité du corps vers plus de tension, plus de risque, plus de friction, avec du tonus, en embrassant le chaos. Les voir aujourd’hui réunies au Théâtre Vidy-Lausanne pour co-signer SHOUT TWICE relève moins de la surprise que d’une évidence joyeuse, construite dans le temps. Tout part d’un geste minimal : crier. Un cri qui n’explose pas, mais s’organise. Il circule, parfois à bas bruit, discret. Il devient énergie, rythme, relais, contamination. Ce qui se joue là, c’est une puissance de transformation : défaire les contours, travailler l’anonymat, s’autoriser à devenir multiple, à se déplacer d’un état à l’autre sans se fixer. Rester fluide. La métamorphose n’est pas un effet, mais une méthode. Quelque chose passe d’un corps à l’autre, se déplace, insiste, jusqu’à produire une joie étrange, libératrice, parfois collective qui s’amplifie. Katerina Andreou et Mélissa Guex créent un terrain de jeu à leur mesure, où la limite est celle de l’imaginaire et, pour notre plus grande joie, cet imaginaire est fécond et infini. Un épisode au présent, au plus près d’un travail en train de trouver sa forme. J’ai eu le plaisir de les rencontrer à J+2 de la création, à Vidy-Lausanne, dans le cadre de Tempo Forte. Avec la participation généreuse de Lou Colombani, les apports de Meredith Monk, Nicolas Donin et Florian Gaité, et la convocation d’êtres précieux comme Maud Blondel et Latifa Laâbissi. SHOUT TWICE sera repris du 4 au 6 juin au Pavillon ADC à Genève, et les 25 et 26 septembre à la Fondation Fiminco, dans le cadre du Festival d’Automne à Paris et du Centre national de la danse - CN D.